© 2019 Raphaël Faon

moondust

Moondust est une installation qui donne forme à un collage mélancolique en trois dimensions. Un cratère lunaire inspiré des maquettes de montagnes, des coupes géologiques et des plans reliefs est modelé dans un bac de douche ; l’installation est éclairée par le pommeau transformé de la douchette à la lumière noire, réfléchie par une poussière phosphorescente. Du trou d’évacuation une sorte de bruit blanc diffus, à peine audible, s’échappe : il s’agit des enregistrements des ondes spatiales converties en sons effectués par les machines de la Nasa, mixés avec les documents sonores de la mission Apollo 11, où l’homme a marché pour la première fois sur la lune.

 

Cette œuvre poétique à la manière de « la rencontre fortuite du parapluie et la de la machine à coudre sur la table de dissection » évoque dans une atmosphère cinématographique le mythe de la conquête spatiale, lié  à un lieu intime, celui de la salle de bain, qui est souvent associé à la purification et à la solitude ; ici, des analogies formelles le renvoient à l’espace, des matériaux aux éléments, la barre de douche flottant comme un satellite, le mitigeur devenant base lunaire.  La connotation symbolique de la lumière noire est liée à la mélancolie, aussi bien en tant que « soleil noir » que dans sa relation avec le corps, où elle est bile noire dans la théorie des humeurs. Ce collage, entre le lieu intime et quotidien, et l’évènement historique est une manière de penser comment les histoires personnelles sont sans cesse croisées par l’Histoire qui vient ici hanter comme un spectre, grâce à une voix presque inaudible venue des tuyaux d’évacuation, a fortiori après le déclin des idéologies de conquête spatiales de la guerre froide alors qu’aujourd’hui de nombreux programmes spatiaux sont reportés à cause des restrictions budgétaires imposées par la crise économique.

installation,  2013

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